Environnement

Les oliviers centenaires de Provence résistent à la sécheresse mieux que prévu

Une étude menée par l'INRAE sur trois années consécutives montre que les variétés anciennes d'oliviers possèdent une mémoire hydrique que les variétés modernes ont perdue. Une découverte qui pourrait changer la manière dont on replante les vergers méditerranéens.

Par Camille Berthier — Publié le 9 avril 2026 à 07h30
Un verger d'oliviers près de Saint-Rémy-de-Provence. Certains de ces arbres ont plus de quatre cents ans. — Illustration

Dans la plaine qui descend vers Les Baux-de-Provence, Jean-Paul Ricard marche entre ses oliviers comme on marche dans une cathédrale. Ses arbres ont cinq cents ans, peut-être davantage, personne ne sait vraiment. « Mon grand-père disait qu'ils étaient déjà vieux quand son propre grand-père les a hérités », raconte-t-il en passant la main sur un tronc noueux. Ces arbres, qui ont traversé des siècles de sécheresses, de gels et de guerres, font aujourd'hui l'objet d'une attention scientifique inattendue.

Depuis 2023, une équipe de l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) étudie ce qui distingue ces oliviers anciens des variétés plantées dans les vergers modernes. Les résultats, publiés la semaine dernière dans la revue Nature Plants, sont frappants : à sécheresse égale, les vieux arbres produisent jusqu'à quarante pour cent d'olives en plus que leurs cousins récents.

Une « mémoire » inscrite dans les racines

L'explication tient en partie à la profondeur du système racinaire. Les oliviers centenaires ont eu le temps de pousser leurs racines jusqu'à six ou sept mètres sous la surface, là où l'humidité persiste même en plein été. Mais ce n'est pas tout. Selon Hélène Vasseur, qui a dirigé l'étude, les vieux arbres possèdent aussi ce que les chercheurs appellent une « mémoire hydrique ».

« Concrètement, quand un olivier ancien a vécu une sécheresse sévère, il modifie durablement son métabolisme pour mieux résister à la suivante », explique la chercheuse. « C'est une forme d'apprentissage biologique, transmise d'année en année à travers des marqueurs épigénétiques. Les variétés commerciales modernes, sélectionnées pour leur rendement en conditions normales, semblent avoir perdu cette capacité. »

Les olives de la variété « Aglandau », typique de la région, en cours de maturation. — Illustration

Replanter autrement

Ces résultats arrivent à un moment critique pour la filière. Entre 2020 et 2025, la production d'huile d'olive française a chuté de près de trente pour cent, sous l'effet conjugué des canicules et d'un insecte ravageur venu d'Italie. Les oléiculteurs cherchent des solutions, et l'idée de revenir à des variétés anciennes fait son chemin.

Le syndicat interprofessionnel de l'olive de Provence étudie désormais la possibilité de créer une banque de greffons issus des arbres les plus résistants. « On ne va pas arracher nos vergers modernes, ce serait absurde », tempère son président, Marc Aubagne. « Mais sur les nouvelles plantations, on a tout intérêt à réintroduire ces variétés oubliées. Nos ancêtres savaient des choses que nous avons désapprises. »

Jean-Paul Ricard, lui, continue de récolter ses olives à la main, comme on le faisait il y a deux siècles. Son huile se vend à prix d'or dans quelques épiceries parisiennes. « Les chercheurs viennent me voir, les journalistes viennent me voir, tout le monde s'intéresse à mes arbres maintenant », sourit-il. « Moi, je leur dis toujours la même chose : ce ne sont pas mes arbres. Je ne fais que les garder un moment pour ceux qui viendront après. »

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